Fils, 

jc

J’ai connu des temps, ces temps faits de joie de nous retrouver ici ou ailleurs, un événement suffisait, le clairon sonnait alors, annonçant le rassemblent. A Sakbayémé où nous étions décalés, nous allions alors tous sur la rive gauche du grand fleuve Sanaga. Nous tendions un drap blanc à la verticale, et le reflet de l’eau nous donnait ces images des euphoriques ailleurs où nous ne pouvions être !

Dans un de ces ailleurs que l’on appelait Toulouse, la ville rose, le Président de l’unique association de nos ressortissants passait des annonces à la radio, envoyait des invitations à plus de 200 habitués, et nous nous retrouvions dans la salle de réunion d’un hôtel ou ailleurs où nous suivions avec foison de délires un match de foot. Sans moyens, il nous arrivait même d’étendre un mouchoir blanc devant un petit écran de télé, et nous suivions comme nous ne pouvions, l’événement sur une chaîne codée qui s’appelait CANAL+. 

IL fallait donc nous voir dans le spectaculaire exercice consistant à secouer de gauche à droite la tête comme une noix de coco, dans le sens inverse du mouvement de l’image codée qui passait de droite à gauche. Nous arrivions ainsi à suivre comme nous le pouvions. Mais après une (presque) interminable minute pour les plus résistants, il fallait s’immobiliser et respirer durant un bon moment.

En ces temps-là, crier « OYE » signifiait exprimer à haute voix sa joie. Nous n’avions rien mais nous étions heureux d’avoir ces petits « rien du tout » ! KANGA n’était pas qu’un gros poisson, mais aussi un homme actif dont le départ plongea tellement de gens dans le désarroi, que des voix demandèrent que l’on le traduisît devant un Tribunal pour des raisons alors imaginaires, et qui pourraient désormais être réellement évoquées dans un groupe qui a semble-t-il, continué à vivre ! La Fête Nationale, parlons-en ! Aucune année, il ne nous en manquât !

Fils, ceux qui président ou administrent aujourd’hui ont connu ces temps-là, les temps dont je témoigne. Ils auront beau te parler des leurs meilleurs qu’ils ont connus avant mes souvenirs, je n’y étais pas, je n’en dirai rien. Tout de même, je me demanderai pourquoi ce qui se faisait si bien avant moi, donc pendant eux, n’est pas revenu après le départ de celui dont ils veulent effacer le nom des mémoires, puisqu’ils sont revenus ! 

Fils, Sois comme moi ! Crois quand il est impossible de faire autrement, mais doute lorsque ce qu’on te dit peut se renouveler et ne se fait pourtant pas. Ces temps que j’ai connus, je te les souhaite. Ces autres dont parlent ceux qui vous président ou vous administrent, je me permets d’en douter, ou alors sincèrement souhaiter à mon tour leur retour ! 

Des fêtes nationales sont passées, Nous voici dans la ville rose au début d’un grand rendez-vous sportif, je n’ai vu et ne vois toujours rien poindre, tout a foutu le camp. Papa, Je doute ! Heureusement qu’à Sakbayémé, rien n’a changé, on s’amuse toujours et cela me soulage. Vous n’aviez rien mais… vous étiez heureux !

Leurs regards menaçants ne me feront pas peur, ils savent que je sais, ils savent que mon amour pour l’associatif est grand. 

Papa, merci !