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Assis près de ma mère qui pilait sur un rocher l’énorme quantité de feuilles d’une plante particulière qu’il avait rapportés, mon père me demanda de m’installer à ses côtés, regarder et l’écouter :

Fils, c’est le grand jour aujourd’hui. Une fois par an et tu le sais depuis que tu es né, lorsque l’eau n’est plus abondante dans la rivière, tous les habitants de ce village se groupent ici, nous sommes les premiers arrivés, les autres vont nous rejoindre. Chaque famille, la mixture de cette plante obtenue, va se diriger vers la rivière ; Et au signal donné par l’homme le plus ancien, nous allons tous verser notre cargaison dans l’eau, elle deviendra alors verdâtre. Cette mixture est un paralysant naturel qui va anesthésier les poissons, juste le temps que la nouvelle eau vienne de l’amont et remplace celle contaminée.

Les poissons suffoquant au fond des flots monteront à la recherche d’air en surface, alors nous les attraperons. C’est ( NKÔMA) la pêche à l’anesthésiant. Elle demande de la rapidité puisque le produit ne reste actif que durant très peu de temps, mais aussi de la méthode car le poisson que nous allons prélever dans la rivière n’est pas mort, même pas malade. Donc, agile vif aussi.

Lorsque le vieil homme criera le départ, tous plongeront dans l’eau. D’uns à cris stridents, d’autres à grandes et bruyantes enjambées, paniers et seaux sous le bras. Ils vont tous pêcher le poisson qui semble les attendre. Fils, imagine tout ce brouhaha dans cette petite rivière qui dort encore, hébergeant les paisibles esprits de notre village. La colère de ces deniers montera, et ils risqueront de ne pas gratifier certains d’une bonne pêche, ils n’aiment pas être dérangés.

Fils, tu devras donc pas suivre dans leurs frasques ces hommes, femmes et enfants se jetant à l’eau dès le signal. S’ils ne veulent être que de gais baigneurs, ils seront rapidement servis. Prends le temps, nous avons besoin de provisions. Affolé, lorsque le gros poisson les entendra arriver, il se précipitera vers le grand fond pour revenir plus tard prendre un peu d’air en surface. Toi qui arrives sans faire de bruits, il sera pour toi. Souviens-toi que l’effet de l’herbe passe vite. L’eau redevient claire, tout le monde aquatique retrouve alors sa santé dans la rivière.

Fils, le peuple est comme ces pêcheurs qui courent. Il aime le sensationnel, et les gouvernants le savent. Ils nous servent ce dont nous raffolons, lorsqu’ils veulent nous embrouiller. La bonne info, c’est le gros poisson. Qu’ont donc donné les trois histoires dans lesquelles la police, les enquêteurs et même les médias nous disaient avoir entendu des ALLAH AKBAR avant les incidents ? Dans un cas, nous avions affaire à un malade psychiatrique déjà interné plus de quarante fois. Dans un autre, l’homme qui avait plus d’un gramme d’alcool dans le sang, vient d’être interné car reconnu malade depuis bien des temps. Dans le dernier cas qui touche les Forces de l’Ordre, on sait que la vidéo ne livrera pas ses secrets, elle était hors service. Alors, le Procureur attend d’éventuels témoins.

Fils, ne suis jamais la masse les yeux fermés, prends le temps de réfléchir et bien souvent, la suite te donnera raison. La haine, la xénophobie et la manipulation sont de redoutables armes qui finissent toujours par exploser dans les esprits et les mains de ceux qui les utilisent, n'en achète jamais. Si elles te sont gracieusement offertes en passant, Mets tes œillères et file droit !

Finissons de nous préparer, la pêche va bientôt commencer. Ta mère a hâte de te faire du bon poisson à l’étouffée ce soir. Les histoires de ces gens te fatiguent, il te faut reprendre des forces.

ALLAH EST GRAND MAIS AUJOURD’HUI, LE POISSON EST BON, POINT BARRE !