JEAN CLAUDE NYOUNG 1

Depuis plusieurs heures, il tournait le bouton de sa radio qui ne le quittait jamais, cherchant chaque fois la chaîne qui informait sur les événements en cours. Toutes le faisaient à la ronde ! Moko ici, Charbi là, l’Asie et l’Est plus loin, sur un fond de crise qui emportait tout sur son chemin. Elle était née plusieurs années plus tôt chez les armoricains et, comme un escargot, traçait sans le dire, son sillon vers les lieux les plus éloignés de la terre.

Dans ce coin oublié par ce qu’ils appellent civilisation, rien n’avait changé ; Si, un peu tout de même! Le prix des piles électriques qui alimentaient cette radio qu’il rapporta de son périple européen dont il savait si bien rendre mère jalouse. Mon père était intarissable lorsqu’il commençait à nous parler de ses réelles et imaginaire conquêtes au pays de ces gens qu’il était allé avec ses frère, sauver d’un désastre certain. Le gibier lui venait de sa brousse, le poisson de la rivière, les légumes de son champ. Même pour se soigner, il allait cueillir une plante à la lisière de sa cour et de la brousse qu'il s'étendait à perte de vue. Avec cette vie, qu'est ce que la crise ? Elle ne se ressent nulle part ailleurs que sur le prix des piles électriques.

Lorsqu’il tournait le bouton de la radio jusqu’à ce perceptible et caractéristique « cac » qui l’éteignait, nous savions que l’heure était venue pour les grands développements dont il avait le secret. A ce moment précis, maman enterrait la hache de la jalousie. Que c’est ironiquement attendrissant, ces disputes d’amour des vieux ont juré de ne jamais se quitter !

- En mars 1968, commença-t-il, le système économique du monde occidental semblait sur le point de s’effondrer. Il fut secoué jusque dans ses fondements par la crise monétaire la plus grave depuis celle de 1931, alors que je n’étais pas encore chez eux. Perdant confiance dans des devises comme la livre anglaise et le dollar américain, les gens achetaient fébrilement de l’or sur les marchés de Londres, de Paris et de Zurich en Allemagne. Quels moutons alors ! Je fais exprès de me tromper, et nul ne me redresse. Zurich, c’est en Suisse. Les réserves en or de tous les pays occidentaux diminuaient à un rythme effrayant. Une petite mais efficace ici et là, et l’économie fit semblant de se remettre en bonne marche.

En novembre 1968 et en mars 1969, prap prap prap prap ! Le système économique fut ébranlé de nouveau, lorsque des spéculations mirent le franc français en péril. Sa dévaluation paraissait imminente. Autour de nous, gens commencèrent à l’échanger contre d’autres devises ou de l’or, aggravant ainsi la situation. Puisque le dollar et la livre restaient voisins de cette monnaie française, certains craignaient que sa sensible dévaluation mette également en danger ces dernières. Mais s’il devenait nécessaire de dévaluer ces monnaies, l’américaine en particulier, le système économique de ces gens qui chancelait alors, ce serait complètement effondré.

Mes enfants, une monnaie n’a de valeur qu’aussi longtemps que le public a confiance dans le gouvernement qui l’a émise. Si les gens doutent de la stabilité du gouvernement ou de la situation économique de leur pays, continueront-ils d’accepter sa monnaie en échange de marchandises ou de services ? Regardez donc en haut de la colline, et dites-vous que nous tenons, ces gens ne nous mettrons jamais en bocaux. Il est haram de penser ici qu’ils nous auront force sera à la République.

Depuis quelques années, la crise est revenue chez eux, et le peu de confiance des peuples dans leurs systèmes politiques, économiques, militaires et monétaires invitent à une particulière observation. Désormais que l’interdépendance s’est installée, la sourie qui éternue peut passer le rhume à l’éléphant. Tous ces citoyens dont les pays sont au bord de la faillite deviennent tristes, durs, méchants, xénophobes. Ils trouvent toutes les raisons pour mettre dehors l’étranger, toujours responsable de tous les malheurs dès la première difficulté économique. Et c’est pourtant bien souvent de chez cet étranger qu’ils ont ce qui fait tourner leur économie. La pensée religieuse renaît, plus proche du politique que jamais, chacune caressée par le politique dans le sens de sa politique ; A coups de dizaines de point chaque fois, les sondages d’opinion se gagnent ou se perdent.  Tous et toutes meilleurs dans une monde qui compte ou boude ses nouveaux mais incontestables champions.

Le système économique à peine né est-il déjà sur les rotules? Il faudrait le craindre, chers enfants, rien n’est pourtant inévitable. En politique, économie, croyance religieuse, stratégie militaire comme en monnaie, tout toujours se transforme et passe la main. Ce vent utile que font souffler les démocraties sur le fondamentaliste religieux en Allemagne, France, Belgique, Cameroun, Nigeria et bien ailleurs, soutenez-le. A Chaque Roi son armée, celle de Dieu n’est pas sur terre, son fils l’a bien dit.

Vous êtes les nouveaux combattants. Mais dans votre cas, vous n’aurez pas besoin de vous rendre au pays des amis pour vous manifester. Agissez là où vous êtes, en oubliant pas que désormais, une souris qui éternue donne le rhume à l’éléphant !

Ma mère posait alors un autre regard sur le vieil homme qu’elle avait juré de ne jamais quitter, malgré ces goujateries qui ne couvraient que le temps d’une guerre. D’ailleurs, elle ne le connaissait pas encore. L’eau des sens s’était retirée avec les actes, les galets de l’imagination restaient dans la mémoire du beau soldat, infligeant des souffrances à la femme qui jamais n’avait cessé d’aimer le brave homme.

RRRROOOOOMPEEEEEEZZZZZZZ !